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LIVRE DE SADIO CAMARA - CHAPITRE I : le premier article de presse paru contre un haut fonctionnaire de Kédougou

Un des événements les plus marquants à l’époque dans la vie sociale à Kédougou fut l’arrestation de l’Agent Spécial appelé Mr SENE, ceci suite à un article de presse ayant pour auteur Mr Hérault Joseph. En effet, lors d’une tournée de recensement dans les cantons (aujourd’hui arrondissement de Bandemba, Bassari et Gnokholo), Mr SENE fit convoyer à Kédougou un troupeau de bétail comme butin.

 

Le jour de l’arrivée du troupeau, Mr Hérault Joseph suspendit les cours et nous invita à le suivre sur la route menant à Bandafassi, derrière le village par où devait arriver le troupeau.

A la vue du troupeau, nous nous arrêtâmes pour admirer les dizaines de chèvres, de moutons et de bœufs défiler devant nous. Pendant ce temps, Mr Hérault Joseph marcha à l’intérieur du troupeau à travers la broussaille pour héler les bergers convoyeurs, les rejoindre et s’entretenir avec eux. Nous le voyions compter les animaux avec ses doigts…Puis, il revint à nous et nous rejoignîmes l’école.

 

Une fois à l’école, M. Hérault nous confia que le troupeau que nous venions de voir avait été illégalement extorqué aux paysans par l'Agent Spécial, M. SENE. Il fulmina contre lui et promit un châtiment exemplaire pour faire cesser de pareils comportements. Moins d’un mois, des rumeurs coururent faisant état de l’arrestation imminente de Mr SENE. Personne ne croyait à ses oreilles tellement M. SENE apparaîssait aux yeux des populations comme un personnage puissant, intouchable, immuable, ceci par le simple fait de sa fonction, de sa belle mise et de sa rondeur.

 

Le lendemain matin de ces rumeurs, M. Hérault Joseph, lui-même nous informa que très bientôt, celui qui apparaissait comme le plus grand monsieur de Kédougou allait se trouver en prison. Sans le nommer, il nous le décrivait : comme « un gros monsieur aux grands boubous blancs amidonnés, au casque colonial, aux babouches luxueuses marchant en titubant sous son lourd poids ». Cette description nous suffisait pour savoir qu’il s’agissait bel et bien de M. SENE, l’Agent Spécial. Le même soir, après les cours, un groupe restreint d’élèves parmi lesquels je me trouvais, s’attarda en classe pour apprendre ses leçons et aussi se livrer à des commentaires sur l’arrestation imminente de Mr SENE. Chemin faisant, un camarade, Mahamady CISSOKHO, fouilla le casier d’un des grands de la classe, y sortit un texte manuscrit de la main de ce dernier sous la dictée de Mr Hérault Joseph, selon lui. Il nous lit ledit texte manuscrit puis, il y sortit un journal imprimé avec un grand titre à la première page en haut intitulé « le Réveil » suivi de l’intitulé « organe de l’Union Démocratique Sénégalaise (U.D.S) – section sénégalaise de R.D.A. (Rassemblement Démocratique Africain) ».

 

A l’une des pages était reproduit le texte manuscrit faisant état du nombre des différentes têtes de bêtes extorquées aux paysans par M. SENE sous le couvert de son titre administratif contrairement aux lois et règlements en cours, traitait Mr SENE de spoliateur, de fonctionnaire véreux. Il demandait son arrestation et son emprisonnement pour abus de pouvoir et crimes économiques au préjudice des paysans.

 

Le texte était signé sur le manuscrit comme dans le journal de « le Jeune Guetteur ». Ce fut là une grande révélation pour nous. M. SENE, au lieu d’être arrêté et emprisonné, il fut placé en résidence surveillée et très rapidement et nuitamment envoyé à Dakar. Ceci- peut-être pour le soustraire à la vindicte populaire ou plutôt à l’humiliation publique à Kédougou avec la conséquence que cela pouvait avoir sur son parti. En effet, il était membre de la S.F.I.O., version sénégalaise du P.S.F. (Parti Socialiste Français) alors au pouvoir à paris et à Dakar.

 

Elle porta encore plus haut notre admiration pour M. Hérault Joseph, non pas parce qu’il était notre Directeur d’école et notre maître, mais parce que nous le considérions d’abord comme un homme juste, habité par un grand humanisme, un défenseur des droits et des libertés des hommes sans considération de couleur ni d’idéologie, un défenseur des faibles contre les forts, des petits contre les grands. En outre, M. Hérault était pour nous un maître pédagogue talentueux, de grande culture, un grand travailleur intelligent et qui ne dédaignait pas le travail manuel. Dans ma vie scolaire primaire, Mr Hérault Joseph était pour moi un maître inégalé et inégalable en son temps. Je ne crois pas me tromper en disant qu’il a marqué non seulement notre génération d’élèves, mais aussi les premiers intellectuels du Département comme Mady CISSOKHO et d’autres. A la fermeture des classes en 1948.

 

Hérault nous quitta pour toujours. Depuis, aucun autre européen n’a été affecté à la direction de l’école primaire de Kédougou. Ainsi donc il a été le premier et le dernier européen Directeur de l’école régionale de Kédougou. Personnellement, je souhaiterais élever à Kédougou, un monument en reconnaissance de son apport dans l’éducation et la formation de qualité inculquée à notre génération et aussi dans la défense et la libération de nos parents des abus et des exactions de l’administration coloniale.

Depuis et jusqu’à nos jours, je n’ai plus jamais revu ni entendu parler de ce Monsieur SENE. Il fut le dernier Agent Spécial de Kédougou, terreur et spoliateur des populations.

 

De l’ombre de Mady Cissokho ou de l’U.D.S./R.D.A

 

J’ai fait l’école secondaire avec deux camarades de promotion de l’école primaire qui sont Mady CISSOKHO dit Mady IV et Makhan DANFAKHA. Eux étaient au lycée Faidherbe et moi au collège technique d’apprentissage de Saint-Louis. Nous formions un trio. En route pour les vacances à Kédougou dans nos villages respectifs, nous observions quelques jours de vacances à Tambacounda. A cette occasion, nous descendions chez Mady CISSOKHO, frère de notre ami commun Mady IV. Il nous était même arrivé une fois de passer ensemble des grandes vacances chez lui à Tambacounda. C’était en juillet 1956. Le monde vivait la crise du canal de Suez, crise opposant GAMAL ABDEL NASSER et le peuple égyptien aux impérialistes américains et occidentaux. Face au refus discriminatoire des américains et occidentaux d’aider au financement du barrage d’Assouan sur le haut Nil pour irriguer de nouvelles terres en vue d’accroître le potentiel céréalier de l’Égypte pour nourrir une population qui voyait d’année en année son pain diminuer de poids, son maïs s’amenuiser, sa terre se rétrécir, alors, afin de se donner des liquidités financières pour la construction dudit barrage, Nasser envisagea de nationaliser la compagnie du Canal de Suez.

 

A cet effet, le 26 juillet 1956, Nasser annonça la nationalisation de la compagnie du canal de suez. Ce fut le jour du 4ème anniversaire du départ du Roi FAROUK pour l’exil, ce jour là, Nasser harangua les foules massées à Alexandrie, dans un langage populaire. Jean LACOUTURE, journaliste français émérite de l’époque, raconte : « … l'austère Gamal, l’homme à la férule, mué en chansonnier populaire. La foule s’esclaffe. Les journalistes égyptiens approuvent… Gamal, soudain, secoué d’un rire irrépressible, lance son défi : c’est le Canal qui paiera pour le barrage ! Il y a quatre ans, ici même, FAROUK fuyait l'Égypte. Mais aujourd’hui, au nom du peuple, je prends le Canal… ce soir notre Canal sera égyptien, dirigé par des égyptiens ! Une tornade d’acclamations, d’embrassements l’arrachent à la tribune ».

 

Depuis, la popularité de Nasser devint plus grande dans son pays et dans le monde entier. Nous suivîmes ce discours et les commentaires à la radio chez Mady CISSIKHO, nous poussâmes des cris d’approbation et de joie avec l’assistance. Ceci d’autant que nous relevions dans les causeries de Mady CISSOKHO et de ses amis que Suez était un port égyptien sur la Mer Rouge, que le Canal de Suez éventrait l'Égypte ; il lui apportait la colonisation.

 

 En outre, il rapportait à ses amis, qu’aux yeux des patriotes égyptiens, le canal était une sorte de balafre faite sur leur visage par les colonisateurs britanniques et français et constituait une chaîne entre les Empires d’Europe et le monde sous-développé. En outre, ils disaient que le  percement du canal avait coûté la vie à des dizaines de millions de fellahs. Ce qui nous rappelait la construction du chemin de fer du Congo Océan, 500km, entre Brazzaville et Pointe–Noire qui coûta, selon les chiffres officiels, 14.100 morts africains noirs autochtones, soit un mort par traverse.

 

Donc pour nous, Nasser s’était fait justice et pour cela nous le soutenions. Car, nous considérions la nationalisation de la compagnie du Canal de Suez comme un acte de courage hautement patriotique. En conséquence, nous lui vouions une grande admiration. Pour ces deux raisons, patriotisme et courage, Nasser nous apparaissait comme un grand homme, un patriote ardent, un révolutionnaire qui devait inspirer tous les patriotes des pays coloniaux et dépendants. C’est dire que la crise du canal de Suez nous avait marqués du sceau de la dignité nationale et du courage qu’elle impliquait. C’était une leçon vivante de patriotisme et de courage pour des jeunes écoliers que nous étions.

 

Gamal Abdel NASSER : 1918 - 1970 Homme d'Etat égyptien.

Il fut notre première découverte d'homme politique patriote et révolutionnaire ;

ceci à l'occasion de la crise du Canal de Suez en 1956. Pour cette raison ,

nous lui vouions une grande adimration

 

A l’époque, Mady CISSOKHO, Commis d’Administration en service à Tambacounda était un des responsables de l’Union Démocratique Sénégalais-Section Sénégalaise du Rassemblement Démocratique Africain (U.D.S. – R.D.A.).

 

Des autres dirigeants de ce parti, je me souviens encore de Bandiougou SIDIBE, agent d'hygiène à Tambacounda et Fadiala KEITA de l’ex Soudan français aujourd’hui Mali. Ce dernier ne résidait pas à Tambacounda mais de passage pour quelques jours, à l’aller de Dakar comme au retour sur Bamako. Il était aussi dirigeant du R.D.A. De l’ex-Soudan français. Aussi, lui et ses camarades de Tambacounda appartenaient tous à la grande famille du R.D.A. historique.

 

La maison de Mady CISSOKHO servait de siège à la section de  l’U.D.S- R.D.A. de Tambacounda. A ce titre, elle abritait ses réunions auxquelles on nous laissait assister. Ce fut au cours de ses réunions que nous apprenions, pour la première fois, des termes ou notions comme « analyse de la situation nationale et internationale », « la démocratie », « le centralisme démocratique », « le syndicat », le « syndicalisme », « le syndicalisme révolutionnaire », etc. en même temps, nous découvrions quelques noms de révolutionnaires du mouvement bolchevique comme Malankov, Boulganine, Staline, Lénine et aussi de grands révolutionnaires asiatiques comme Mao Tsé Toung, etc.

 

Nos premiers livres de lectures révolutionnaires, nous les avions pris dans la bibliothèque de Mady CISSOKHO.  Ainsi j’ai pu lire mes premiers manuels politiques à savoir « le fils du peuple » de Maurice Thorez, « La Mère » de Gorki, « la bataille de Stalingrad » et quelques écrits de Mao Tse Toung et de Liou Chaou Chi. A la suite de la lecture des textes de Mao et de Liou Chaou Chi, j’ai découvert les tenants et aboutissants d’une armée, ce que c’est la guerre, ce que c’est une armée, l’année au service d’une classe, instrument de domination et de répression d’une classe par une autre…

 

Depuis, je perdis le goût de faire l’armée alors qu’au paravent je nourrissais l’ambition de faire une carrière militaire, de devenir un officier d’armée.

C’est dans la bibliothèque de Mady CISSOKHO également que j’ai vu et lu, pour la seconde fois, le journal «Réveil». Il rapportait des révélations politiques, des révélations sur les comportements et agissements des autorités coloniales, la dénonciation des abus et des injustices du patronat colonial, les luttes de la classe ouvrière. Cela me rappela vivement ma première rencontre avec ce journal à l’école primaire avec Monsieur Hérault Joseph.

 

C’est ainsi que, j’eus de l’admiration pour la révolution française de 1789 que nous étudiâmes dans le programme d’histoire préparant au Brevet Elémentaire, notamment ses chefs que furent :

  • Camille Desmoulins (1760 - 1794) : le 12 juillet 1789, il appela aux armes la foule réunie dans les jardins du palais Royal. Il prépara l’attaque contre la Bastille, symbole de l’absolutisme royal et seconda puissamment le mouvement révolutionnaire, notamment au 10 août 1789. Son journal « les Révolutions de France et de Brabant » (1789- 1791), eut un immense succès. Membre de la convention, il siégea avec la Montagne. En 1793, il attaqua les hébertistes…
  • Danton (1759 - 1794) : orateur puissant et impétueux, il siégea à la Montagne et fut le Principal organisateur de la défense nationale…
  • Marat (1743 - 1793) : rédacteur du journal « ami du Peuple », il fut l’un des initiateurs des affrontements révolutionnaires sanglants de septembre 1789. Député montagnard à la convention, il attaqua Dumouriez et les girondins et se montra intraitable dans le procès du Roi…
  • Mirabeau (1749 - 1791) : Député aux Tiers Etats Généraux, il s’y révéla un brillant orateur. Il fit voter une contribution patriotique.
  • Maximilien de Robespierre (1758 - 1794) : Membre de la Convention, il fut chef du groupe des Montagnards. Il provoqua la chute des girondins (1793). Membre du comité de salut public, il fut l’initiateur de la terreur rouge et se débarrassa des hébertistes et des indulgents (1794). Il institua le culte de l’être suprême. Il était surnommé l’Incorruptible (souligné par nous..)
  • Saint–just, (1767 - 1794) : Membre du Comité de salut public, il fut le théoricien du gouvernement révolutionnaire et de la terreur (1793 - 1794). Chargé de mission aux armées, il fit une œuvre utile  de réorganisation…

 

Ce que j’admirais et  que j’admire encore chez les chefs de la révolution française de 1789, c’était leur détermination à aller jusqu’au bout de leur aspiration vaille que vaille. N’est-ce pas là un trait de caractère indispensable à tout révolutionnaire ?

En outre, je nourrissais et je nourris encore une admiration particulière pour Maximilien  de Robespierre en raison de sa qualification d’incorruptible.

Cette qualification m’apparaissait et m’apparaît encore englober ou résumer toutes les qualités nobles d’un homme complet, l’homme total.

 

Telles sont l’essentiel des influences extérieures que j’ai reçues dans ma jeunesse et qui ont participé à mon éducation et à ma formation à la vie. Aux influences internes et externes s’ajoute le contexte de l’époque que nous verrons au chapitre suivant.

 

De l’influence du contexte de l’époque : l’accélération de la lutte de libération nationale des peuples dominés et dépendants

 

L’époque était caractérisée par les conséquences de la seconde guerre mondiale à savoir : la prise de conscience de plus en plus grande des peuples colonisés et dépendants et l’engagement, sous des formes diverses et à des degrés divers, de la lutte de libération nationale. Ce fut réellement une période d’accélération de l’histoire universelle. Ainsi sur notre continent, le peuple camerounais, sous la direction de l’UPC (Union des Populations du Cameroun) avait pris les armes contre le colonialisme français. En Amérique Latine, Fidel Castro et ses Compagnons se battaient dans les montagnes contre la dictature de Batista. En Asie, le peuple indochinois, sous la direction de Ho chi Min, était aux prises avec les forces d’agression impérialistes.

 

Dans ce contexte, certains événements passés ou qui se déroulaient encore à travers le monde et qui constituaient autant de jalons marquant le caractère libérateur et progressiste de l’époque me fascinaient énormément. Entres autres exemples, il s’agissait :

  • De la Civilisation chinoise ;
  • De la Révolution chinoise et de son leader Mao Tsé Toung ;
  • De la Révolution vietnamienne et de son leader Ho Chi Min ;
  • De la conférence de Bandoeng ;
  • De la Révolution cubaine et de son leader Fidel Castro Ruz.

 

La civilisation chinoise

 

A  l’époque, nos maîtres nous avaient appris que c’est le peuple chinois, qui le premier, a enfanté des savants qui avaient un sens aigu de l’observation et de la précision. Les spécialités des scientifiques chinois furent l’astronomie, l’arithmétique et l’algèbre.

 

Nos maîtres nous enseignèrent que les Chinois furent les premiers : 

  • A créer l’école supérieure ou Académie ;
  • A utiliser le système décimal ;
  • A faire des progrès en médecine : dés 1014, la vaccination antivariolique était pratiquée ainsi que l’acupuncture, moyen de se soigner à l’aide d’aiguilles appliquées sur des points précis du corps. Cela me rappelait certaines pratiques médicales de chez nous  et j’avais le sentiment que nous appartenions à la même civilisation.

 

Les Chinois vouaient un respect scrupuleux à la pratique du culte des ancêtres et à l’obéissance aux parents. J‘avais ainsi constaté des similitudes entre certaines civilisations de chez moi au Gnokholo avec celles de ce peuple chinois.

Les Chinois ont créé l’ensemble des pratiques que l’on répète au cours des cérémonies religieuses à travers le monde.

 

En outre l’on nous enseigna que les Chinois ont inventé:

  • La xylographie, moyen d’imprimer des textes et des gravures avec des planches gravées en reliefs;
  • L’almanach, calendrier accompagné d’indications astronomiques, météorologiques et de conseils pratiques;
  • L’imprimerie, ensembles des techniques permettant la reproduction d’un texte plus particulièrement la technique des caractères mobiles;
  • La boussole dont l’usage permet aux bateaux de s’orienter en mer et fit faire des progrès à la cartographie;
  • La poudre à canon consistant en un mélange, dans des proportions déterminées, de charbon de bois, de salpêtre et de soufre. Ce qui impulsa la technique des armes modernes;
  • Les techniques plus anciennes comme le collier d’attelage, la brouette, la sidérurgie, le papier au IIème siècle avant Jésus Christ qui furent introduites en Europe  En considération de cette liste de créations, d’inventions et de techniques chinoises, je me disais que les Chinois ont civilisé le monde. Ainsi, j’eus un sentiment d’admiration et de sympathie pour le peuple chinois.

 

La révolution chinoise et son leader Mao Tsé Toung

 

Le deuxième fait qui m’a fait admirer la chine a été la révolution dirigée par le parti communiste et son leader Mao Tse Toung pour avoir tenu en échec la première puissance militaire de l’époque, le Japon qualifié dans les annales de l’histoire de « militariste ». Ce fut une revanche éclatante sur un siècle d’impuissance et d’humiliation de ce peuple. Cela a été possible grâce au parti communiste chinois appuyé sur les paysans sous la direction éclairée et  courageuse de Mao Tsé Toung. Pendant cette guerre, Mao Tsé Toung et ses partisans, poursuivis par des forces colossales impérialistes durent alors effectuer la « longue Marche » rapportée par son leader comme suit : « Pendant douze mois, dans le  ciel des dizaines d’avions nous traquaient et nous bombardaient chaque jour, sur terre une force colossale de plusieurs centaines de milliers d’hommes nous encerclait, nous poursuivait, s’opposait à notre avancée et nous arrêtait au passage ; sur notre chemin, nous nous sommes heurtés à des difficultés et à des dangers incalculables. Cependant, en nous servant seulement de nos deux jambes nous avons fait plus de vingt mille lis, traversant en long et en large onze provinces » (œuvres choisies de Mao Tse Toung Tome 1 – page 177).

 

C’est cette « longue Marche «  qui a été le granit de la révolution chinoise au choc duquel la soldatesque japonaise s’est pulvérisée et la République Populaire chinoise proclamée. C’était  là pour moi, une seconde source d’administration pour le peuple, le parti communiste Chinois et son leader Mao Tsé Toung. Les écrits de Mao m’avaient beaucoup émerveillé et j’avais une grande passion à les lire, ils m’avaient beaucoup influencé et contribué à la formation de mes opinions politiques, sociales et culturelles, somme toute à mes idées et comportements anticolonialistes et anti-impérialistes. J’aimerais rapporter ici des extraits de quelques écrits de Mao Tsé Toung qui m’ont séduit et continuent de me séduire.

 

 

Mao Tse TOUNG : 1893 - 1976 Grand dirigeant du Parti communiste et du peuple chinois.

Théoricien du marxisme et surtout de "la guerre populaire".

Il conduisit la révolution chinoise dont la "longue marche" fut le granit au choc duquel la soldatesque japonaise

 

Problèmes stratégiques de la guerre en Chine.

 

Dans ce texte, écrit en décembre 1935, Mao théorise la guerre révolutionnaire en chine, théorie selon laquelle la conquête du pouvoir se fera par une tactique de guérilla menée dans les campagnes à partir des bases rouges. Les villes, encerclées à partir des campagnes, tomberont comme des fruits murs. Au plan stratégique, écrivait-il, il faut minimiser l’ennemi ; mais au plan tactique, il faut en tenir compte. A ce propos, il dégage les règles de combat de la guerre de guérilla que je résume comme suit :

  • L’ennemi attaque, la guérilla retraite ;
  • L’ennemi retraite, la guérilla le poursuit ;
  • L’ennemi se regroupe, la guérilla se disperse.

 

Comme il apparaît, le combat de la guérilla est une combinaison de la retraite stratégique et de l’attaque offensive stratégique. Ce fut la maîtrise de ce combat sur le terrain qui a conduit Mao et ses compagnons à la victoire totale sur les forces  milliers de fois supérieures.

Alors j’ai eu le sentiment d’appliquer cette expérience pour chasser les colonialistes français et punir leurs laquais nationaux et ainsi venger nos ancêtres en vue de reconstituer l’unité de l’Afrique de l'Ouest, du Tchad à l'Atlantique, c’est à dire, dans les limites de l’ancien Etat du Mali.

 

«De la pratique – La Relation entre la connaissance et la pratique, entre le savoir et l'action»

 

Dans ce texte écrit en juillet 1937, Mao Tsé Toung dénonce, en partant des positions de la théorie marxiste de la connaissance, les erreurs subjectivistes commises par les partisans du dogmatisme et de l’empirisme et, en particulier du dogmatisme qui méprisait la pratique au sein du Parti communiste Chinois à l’époque. Nous proposons au lecteur quelques extraits de ce texte.

 

« …Dans leur connaissance, les hommes dépendent essentiellement de leurs activités de production matérielle, au cours de laquelle ils appréhendent progressivement le phénomène de la nature, ses propriétés, ses lois ainsi que les rapports de l’homme avec la nature ; et par leurs activités de production. Ils apprennent également à connaître à des degrés différents et d’une manière progressive, les rapports existant entre les hommes… »

 

La pratique sociale ne se limite pas à la seule activité de production : elle revêt encore d’autres formes : lutte de classe, vie politique, activités scientifiques et artistiques ; bref, en tant qu’être social, l’homme participe à tous les domaines de la vie pratique de la société. » (p 330).

 

«La théorie matérialiste dialectique de la connaissance met la pratique à la première place ; elle estime que la connaissance humaine ne peut en aucune manière, être coupée de la pratique et rejette toutes ces théories erronées qui nient l’importance de la pratique et coupe la connaissance de la pratique. Lénine a dit : « la pratique est supérieure à la connaissance théorique, car elle a la dignité non seulement du général, mais aussi du réel immédiat » (p 331). « La continuité de la pratique sociale amène la répétition multiple de phénomènes qui suscitent chez les hommes des sensations et des représentations. C’est alors qu’il se produit dans leur cerveau un changement soudain (un bond) dans les processus de la connaissance et le concept surgit. Le concept ne reflète plus seulement l’apparence des choses, des phénomènes, leurs aspects isolés, leurs liaisons externes, il saisit les choses et les phénomènes dans leur essence, dans leur ensemble, dans leur liaison… » (p332)

(Œuvres choisies de Mao Tsé Toung – tome 1)

 

La révolution vietnamienne et ses leaders : le Président Ho Chi Minh et le Général Vo Gueyen Giap

 

Le peuple Vietnamien mena neuf années de guerre de résistance contre les agresseurs impérialistes français qui se termina par la victoire retentissante de Dien Bien Phu en 1954. Nous la vivions à travers la presse écrite et parlée. Nous communions avec le peuple vietnamien et admirions leurs chefs, en l’occurrence le Président Ho Chi Minh et le Général Vo Gueyen Giap. Nous considérions Dien Bien Phu comme une des plus importantes victoires des peuples faibles et petits sur les troupes d’agression des puissances impérialistes.

 

Ho Chi MINH ou NGuyen Ai QUOC ou encore NGuyen Tat Thann : 1890 - 1971

Fondateur du Parti Communiste Indochinois en 1930 puis du Viet - Minh en 1941.

Il conduisit la guerre de résistance de son pays contre les agresseurs impérialistes français

qui se termina par la victoire retentissante de Dien Bien Phu en 1954

 

Cette victoire était caractéristique de l’ampleur de l’anéantissement des forces agressives. En effet, le peuple vietnamien y a anéanti et capturé plus de seize mille hommes dont la totalité des organismes de commandement avec un Général, seize Colonels, Mille sept cent quarante neuf officiers et sous-officiers sans compter des milliers de tonnes de matériels de guerre.

 

La victoire de Dien Bien Phu a suscité l’enthousiasme des peuples coloniaux et dépendants, des peuples épris de paix et de progrès dans le monde entier. Nous étions parmi les admirateurs, voire les déistes des révolutionnaires vietnamiens. Je me rappelle encore les règles de conspiration édictées par le président Ho Chi Minh, à savoir les trois Rien :

 

Je ne sais Rien

 

Je n’ai Rien vu

 

Je n’ai Rien entendu.

 

 

Le Général Vo Guyen GIAP : Grand stratège et vainqueur de Dien Bien Phu.

Professeur d'histoire et de géographie de profession, il prouva, avec éclat,

la supériorité de son génie militaire sur celui des généraux occidentaux et américains sortis

des académies militaires des grandes puissances de l'époque. Comme quoi,

les plus grands généraux ne sont pas forcément ceux sortis des académies militaires

 

Le Général Giap m’a profondément marqué par le fait qu’il était un professeur d’histoire et de géographie et qu’il n’avait fréquenté aucune école militaire à plus forte raison une Académie militaire. Malgré tout il a prouvé la supériorité de son génie militaire sur celui des généraux français sortis des académies militaires des grandes puissances de l’époque. Alors j’ai tiré la leçon que les meilleurs généraux et même les plus grands savants ne sont pas forcément les plus grands stratèges, mais généralement  ce sont ceux forgés par l’école de la vie », de la pratique. Alors je commençais à nourrir l’ambition de réaliser ou de participer à la libération de mon pays du joug colonial français.

 

La conférence de Bandoeng 

 

Bandoeng est une ville indonésienne où s’est tenue en 1955 la Conférence afro-asiatique. Alors le nom Bandoeng est synonyme de cette conférence lui conférant son caractère historique. Pendant toute cette période, Bandoeng constituait la référence des patriotes afro- asiatiques dans leurs discours comme dans leurs articles de presse.

Pour la première fois, les représentants des peuples africains et asiatiques, dominés politiquement et exploités économiquement se rencontraient dans cette ville pour poser les bases plus solides de leur libération.

 

La Révolution cubaine et son leader Fidel Castro

 

En 1950, eut lieu la révolution cubaine qui a été couronnée de succès par l’entrée des « barbudos » à la Havane en janvier 1959. Son leader Fidel Castro nous fascinait et nous passionnait également. C’était un autre exemple de courage, de témérité et d’abnégation révolutionnaires qui ne pouvait laisser indifférents des jeunes de notre génération de pays colonisés, exploités, d’un peuple humilié  des siècles durant, en quête des formes de luttes pour la libération nationale.

 

Aux mystères de Mao Tsé Dong, de Ho Chi Minh et de Giap, s’ajoutait celui de Fidel Castro. En effet, Olivier Duhamel rapporte bien dans « les grands révolutionnaires – les feux de l’Amérique Latine » (p 177, édition Martinsart).

 

« Fidel Castro est un mystère. En effet, comment  avait-t-il pu maintenir un Etat socialiste à 190 km des Etats d’Amérique du Nord ? Comment était-il sorti victorieusement d’une invasion armée américaine ? Comment son Etat avait-t-il pu survivre en subissant un blocus économique par le monde capitaliste ? Comment avait-t-il su faire face politiquement, à l’expulsion de son pays de l’organisation des Etats Américains ? Enfin comment avait-t-il pu échapper physiquement aux tentatives d’assassinat multiples et sophistiquées de la part des services secrets américains ? »

 

Fidel CASTRO : 1927 Homme d'Etat cubain.

Il renversa la dictature de BATISTA en 1959 et établit un régime de type socialiste

aux portes des Etats-Unis d'Amérique.  Fidel CASTRO est un autre exemple de courage,

de témérité et d'abnégation révolutionnaires. Il nous fascinait et passionnait nous beaucoup

 

«Fidel Castro est un mystère. Comment ne s’était-il pas effondré après l’échec sanglant de l’attaque du 26 juillet 1953 ? Après avoir  annoncé après sa libération, qu’il reviendrait l’année suivante abattre le régime, comment avait-il pu réussir son pari ? En effet, son retour à la fin en 1956 avec une centaine d’hommes, qui  d’ailleurs avaient  fait l’objet de massacre à la plage, sauf une douzaine, comment avait-il pu persuader cette poignée de survivants d’aller se réfugier dans les montagnes, en leur assurant la certitude de la victoire finale ? Comment une douzaine d’hommes épuisés en 1957 avaient-ils pu donner trois soldats qui rentrèrent triomphalement à la Havane en janvier 1959 ?». 

 

«Fidel Castro est un mystère. Comment avait-il pu réussir une révolution sans parti politique, sans aide étrangère, sans guerre nationale ?». Ce dernier point est la  caractéristique pure de la révolution cubaine qui forgeait notre admiration pour le génie politique de fidèle Castro et aussi pour son génie militaire. 

 

Fidel Castro et ses compagnons ont battu, de manière éclatante l’armée de Batista encadrée par des  officiers et sous-officiers sortis des académies militaires Nord-américaines. Cette victoire vient à son tour renforcer ma conviction que des hommes déterminés peuvent faire face et battre une armée classique quelle qu’elle soit.

 



29/08/2017
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