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LIVRE DE SADIO CAMARA : CHAPITRE II : MES PREMIERES ANNEES D’ACTIVITES MILITANTES DANS LE PARTI AFRICAIN DE L’INDEPENDANCE (P.A.I.) : 1957 – 1963

A KEDOUGOU : 1957 –1959

 

Mais auparavant j’aimerais rappeler mes relations d’enfance avec Amath DANSOKHO actuel Secrétaire Général du PIT.

 

Mes relations avec Amath Dansokho datent depuis notre adolescence, plus précisément en 1952 quand, Amath et ses deux frères (feu Alcaly et Checkhna) et moi, allions à Saint-Louis pour poursuivre nos études secondaires.

 

A cette époque, pour se rendre à Tambacounda en période d’hivernage, il fallait, à pied passer par Salémata et aller jusqu’à Youkounkoun pour trouver un camion allant à Tambacounda, ce qui faisait une distance de près de 200 km. Pour parcourir une telle distance, il fallait 5 à 6 jours de marche avec nos baluchons de provisions et de divers sur la tête. A la fin de la première étape, nous devions nous reposer et manger quelque chose. C’est à ce moment  que le frère cadet de Amath, dénommé Alcaly,  me héla en ces termes : « Hé ! Koro Sadio ! viens manger avec nous, mon père nous a dit que tu es notre frère et que nous devons tout partager avec toi ». Depuis, les trois frères avaient tout partagé avec moi et m’ont toujours appelé Koro Sadio (koro Sadio signifiant grand frère Sadio dans la langue malinké). Effectivement je suis un peu plus âgé qu’eux et je les avais devancés d’un an à l’école.

 

Les raisons de la recommandation du Vieux Dansokho à ses enfants de me considérer comme un des leurs, avait pour motivation le fait que  sa première épouse Aïssata CAMARA (mère de Alcaly et de Checkhna) était une parente à moi. Pour cette raison il voulait m’aider matériellement sachant que je suis fils de paysan.

 

Durant notre séjour à Saint-Louis et même après, nous avions toujours formé un groupe solidaire. Nous nous retrouvions les  week-end, souvent chez Amath et ses frères à NDARTOUTE où ils étaient hébergés par Monsieur Mbagnick DIOUF, un saint-louisien ami de leur père qui, auparavant avait servi comme fonctionnaire à Kédougou.

 

Mes relations avec Amath se sont consolidées surtout lorsqu’il était venu habiter avec moi, à la suite de ses démêlés avec la famille de Mbagnick Diouf pour des raisons politiques, d’une part et d’autre part, à l’occasion des élections territoriales de Saint-Louis de 1957, nous nous sommes retrouvés tous deux admirateurs et souteneurs de Mady CISSOKHO. En effet, Mady CISSOKHO avait un commerce facile avec tout le monde sans considération sociale et religieuse. Il était militant UDS/RDA et Syndicaliste fervent, ce qui le prédisposait à être un homme politique enclin à défendre les intérêts des populations. C’est pourquoi, Amath et moi, nous avions joué un rôle décisif dans le désistement du père de Amath en faveur de la candidature Mady CISSOKHO, puis dans son élection comme Conseiller territorial de Kédougou.

Pour couronner tout cela, nous nous sommes encore tous deux retrouvés parmi les premiers militants du PAI-SENEGAL et membres fondateurs du PIT.

 

C’est en octobre 1957, alors que je venais de Saint-Louis avec ma décision d’affectation comme enseignant à Kédougou que j’ai rencontré le Manifeste du PAI à Thiès, «Capitale du Rail». Il m’a été offert par un ami, promotionnaire de l’école primaire, Mady DANFAKHA dit Mady Bimbou, alors cheminot à la gare de Thiès. Ce Mady n’a rien à voir avec cet autre Mady connu dans le P.I.T.

 

A la lecture du Manifeste, j’ai trouvé là le cadre, et les objectifs de lutte que je cherchais jusqu’alors. Ainsi, dès après la lecture je me suis mis en campagne au service du PAI sans jamais rencontrer un de ses fondateurs ou dirigeants. Une fois à Kédougou, j’ai tenu la première conférence sur le PAI au COBA CLUB, premier centre culturel de cette ville. Ce bâtiment historique a été malheureusement détruit pour mettre à la place, ce qui est appelé là bas «place SENGHOR». C’est dommage ! Un grand monument historique, un musée a disparu.

 

Après cette conférence, j’ai eu à mener des activités de propagande et de diffusion du journal du parti, notamment «LA LUTTE». Un jour, alors que nous nous trouvions devant la poste et que je lisais mon journal, l’administrateur colonial, un «toubab», impoliment, m’appela en claquant ses doigts, comme pour voir ce que je lisais. Je fis comme si je ne le voyais pas. Il s’approcha de moi pour me saluer et me demanda de lui prêter mon journal. Je lui répondis que je venais de le recevoir et que je le lui prêterai quand j’aurai fini de le lire. Alors il me remercia et promit de m’envoyer son boy avant le coucher du soleil pour le lui amener. Il faut préciser que dans ce numéro de «LA LUTTE» il y avait surtout des images fortes de la commémoration que le parti avait organisée au «cimetière des martyrs du colonialisme de Thiaroye». Ce fut certainement ces images bien puissantes, bien imprimées à la première page qui intriguaient le représentant du colonialisme français. Le soir, comme promis, son boy se  présenta à moi pour prendre le journal. Ainsi donc  le Commandant colonial prit connaissance du contenu de notre journal.

 

Après le journal «LA LUTTE», des organes régionaux paraîtront : comme le Walo-Fouta, Casamance-Ji-Ito, Bukhaddi de la région de Dakar. En outre la section PAI du Soudan (Mali) éditait son organe sous le tire Ambayéréta (indépendance) et celle de la Belgique sous le titre de Ci Kanam

 

                              

 

 

 

 

 

Quelques temps après, ce fut la campagne du référendum gaulliste de 1958. Le  discours retentissant de Sékou TOURE face à DE GAULLE, la victoire de la Guinée. 1958 a été une année de grands tumultes, de grandes  batailles, de grandes effervescences politiques à travers notre continent, notamment dans la sous-région ouest africaine. Ce discours de Sékou TOURE est resté mémorable et le restera, je crois, à travers le temps comme un discours de la dignité africaine.

 

Pendant les élections du référendum gaulliste de 1958, j’ai été retenu par le même commandant de cercle de Kédougou comme Président d’un des bureaux de vote dans le département. Le dossier m’a été apporté par son boy, j’ai signé devant mon nom. A la veille du vote, tous les présidents et membres de bureaux de vote ont été convoqués par le commandant de cercle à sa résidence. Comme les autres, je m’y suis rendu. Quelle a été ma surprise quand le commandant m’a dit : «Mais, vous Monsieur, qui vous a convoqué ? » C’est bel et bien vous Monsieur le Commandant. Il nia. Je lui ai demandé de sortir la liste des personnes convoquées pour lui montrer mon nom devant lequel j’ai signé, liste que son boy m’a présentée quelques jours auparavant à mon domicile.

«Vous pouvez vous retirez parce que vous n’êtes pas convoqué, Monsieur CAMARA». J’ai rétorqué «non commandant». A vrai dire, je ne vous plais pas, c’est ce qu’il faut dire, je crois que vous vous êtes trompé sur mon compte. Je ne serai jamais le larbin d’un colon. Il est devenu tout rouge ne sachant quoi dire. Alors l’assistance m’a prié de me retirer, ce que j’ai fait.

 

Deuxième accrochage avec le commandant blanc du cercle. C’était à l’occasion de l’anniversaire du nouvel an, le premier janvier 1959. Après les résultats du référendum de l’année écoulée comme d’habitude, les commandants de cercle organisaient chaque fin d’année une cérémonie de nouvel an où ils invitaient les personnalités administratives et religieuses sous leur autorité : chefs de canton, chefs de service locaux, notables etc. Cette année là à Kédougou, à l’accoutumée, la cérémonie a été organisée et présidée par le Commandant de cercle, un européen, au centre culturel appelé Coba Club comme indiqué plus haut.

 

A cette rencontre, le commandant de cercle prononça un discours avec des vœux de bonne et heureuse année à tout le monde, discours de coopération dans la communauté franco-africaine, nouvelle version du colonialisme.

 

Il termina son discours par « vive la France » et invita l’assistance à boire à la santé de la France, de la communauté franco-africaine. Il but son verre et voulut s’en aller. Alors je levai la main, pour demander la parole, les gens l’interpellèrent « mon commandant ! Mon commandant ! » . Il regarda la foule, étonné que quelqu’un ait demandé la parole. Après quelques hésitations, il me l’accorda. « Monsieur, vous pouvez parler. » Dit –il. A mon tour donc, je fis un discours avec des vœux et souhaits de bonne et heureuse année à tous et à chacun. J’évoquai les grands événements de l’année écoulée et qui furent des événements de grande  portée patriotique pour les peuples africains. A mon avis, le plus grand événement fut la victoire du peuple frère de Guinée pour son indépendance nationale au référendum gaulliste.

 

Et j’appelais à boire à la santé des peuples africains, à l’unité africaine, à la victoire des peuples africains dominés  et opprimés par le colonialisme. Après quoi, nous nous séparâmes. Mais quelle fut ma surprise quand, une heure après, des collègues enseignants vinrent me trouver avec force bruit pour me dire que mon intervention avait suscité la colère du commandant.

 

Mon collègue Abdoulaye SY, avec qui je servais à l’école de Samécouta, à 9km de Kédougou, me dit : « mais Monsieur CAMARA, vous savez quand vous êtes parti, le Commandant a fait venir le vieux Bakary DANSOKHO  pour lui dire que vous l’aviez insulté, qu’il va vous faire arrêter et emprisonner. Les vieux voulaient vous voir pour que vous alliez demander pardon au commandant de cercle. Alors, comme nous étions restés là bas pour discuter avec eux, nous avons pris votre défense. Nous avons dit que le commandant avait fait son discours selon sa conscience, que Sadio avait fait son discours selon la sienne ; c’est la liberté, c’est la démocratie, il ne l’a pas insulté et n’a insulté personne d’autre. Et nous avons « raisonné » les vieux et insisté pour qu’ils cessent de se faire les instruments de ce petit « blanc bec » qui a le même âge que leurs enfants, mais aussi qu’ils doivent tenir à leur dignité. Quand quelqu’un n’a pas tort, ils se doivent de le dire. En fin de compte, ils se sont apaisés. Il y a eu des va- et –vient entre la résidence du commandant de cercle et le COBA CLUB. Tout est entré dans l’ordre. Nous avons mis les points sur les « I ». Bravo ! Dis-je, pour  cet acte de solidarité, de courage et de justice.

 

De 1957 à 1959, j’avais pu recruter des militants et mettre sur pied quelques structures de base appelées à l’époque noyaux.

 

Mes premiers compagnons P.A.I à Kédougou commune,  étaient les suivants :

  • Thierno BA, Maçon
  • Mamadou BA, ancien militaire
  • Saïbo BOUAGUI, Cultivateur
  • Bakary BOUAGUI, Instituteur
  • Kétouca, CAMARA, Maçon
  • Mamadou CAMARA, Maçon
  • Dioncounda CISSOKHO, Maçon
  • Farintokhoma CISSOKHO, Etudiant (TP Bamako)
  • Manga COULIBALY, Cultivateur
  • Boukary, DANSOKHO, Chômeur
  • Dialy Mory DANSOKHO, Elève collège
  • El Hadji DIABY, Dioula
  • Békaye DANFAKHA, Elève collège
  • Sountou DIABY, Boutiquier
  • Oumar Aba DIALLO , Cultivateur
  • Hamat DIALLO, Dioula
  • Oumar BA, Cultivateur
  • Samba DIENE, Cultivateur
  • Madieye DIENG, Instituteur
  • Abdou KANE , Instituteur
  • Ibrahima LO, Infirmier d'Etat
  • Diala SAMOURA

 

Mais j’aimerais m’arrêter sur certains camarades  avec qui j’ai eu une collaboration particulière et certains autres qui ont eu des  comportements significatifs de quelques enseignements utiles  pour les générations futures qui se trouveraient dans une situation similaire à la mienne : la lutte politique dans des conditions antidémocratiques et de violence du pouvoir en place.

 

Abdou Kane était instituteur à Salémata. Il y avait été arrêté et emmené à Dakar par Mamadou DIA, alors Président du Conseil de Gouvernement du Sénégal pour n’avoir pas été à sa réception avec ses élèves lors de sa visite en ce lieu. Abdou Kane était un camarade intrépide, intelligent, très capable au plan intellectuel et physique, infatigable à la tâche. On le retrouvera dans les années suivantes, Premier Secrétaire Général du PAI (territoire du Sénégal) et deviendra pendant le régime de Abdou DIOUF, Directeur Général de la Caisse de Sécurité Sociale du Sénégal.

 

Farinthokhono CISSOKHO était étudiant à l’école des travaux publics de Bamako, une école fédérale. Un militant téméraire, fidèle, courageux, armé d’une ténacité sans faille, inaccessible au découragement. Nous nous entendions parfaitement bien. Jamais, il n’y a eu de contradiction entre nous.

 

Je me rappelle à l’occasion d’une diffusion de tract à Kédougou dénonçant les malversations et le népotisme des politiciens locaux, la police politique a établi des stratagèmes pour nous prendre et nous mettre à l’ombre parce que le parti était interdit. Alors, dès que le camarade a jeté le premier exemplaire du tract, quelqu’un est sorti de la rue herbeuse d’en face et a foncé sur lui. Alors, une course-poursuite s’est engagée entre eux. Ils ont parcouru la ville de long en large et ont fini par se trouver hors de la ville. Farintokoma avait buté contre une pierre et l’idée lui est venue de l' utiliser pour arrêter son poursuivant. Alors il a ralenti le pas et s’est saisi  promptement de cette pierre et l’a projetée sur le poursuivant. Ce dernier s’est arrêté net et s’est baissé en poussant des cris de douleur. « Ensuite je me suis débarrassé du cochon » s’est-il exclamé.

 

Farintokhoma CISSOKHO : Militant exemplaire d’une intrépidité peu commune

 

Le lendemain matin, il est venu nous raconter l’odyssée. Nous avons fait le tour de l’hôpital de la commune pour découvrir le monsieur en vue de la châtier davantage. Nous avons mené toutes les recherches du monde une semaine durant dans Kédougou commune sans pouvoir le retrouver. Nous en avons déduit que ce devait être un agent des services spéciaux. Pour ne pas le faire reconnaître, il a dû être transféré ailleurs pour y être soigné et protégé et, certainement aussi, le mettre à l’abri des regards des curieux, ne pas l’exposer à nos châtiments.

 

Un deuxième événement que Farintokhoma nous avait rapporté. Nous étions de nouveau à Kédougou en vacances. Il y avait une tâche de distribution d’un tract. Il constata un mouvement insolite autour de lui, un monsieur le suivait jusque devant sa porte. Il usa d'un stratagème consistant à aller aux toilettes en y laissant une lampe tempête pour tromper  la vigilance du guetteur et sortit des toilettes de l’autre côté pour aller faire sa tâche de militant révolutionnaire. Deux heures plus tard, de retour, il retrouva le monsieur immobile à la même place, passa devant lui, alla prendre sa lampe et rejoignit sa chambre. L’agent était resté  sur sa faim, hébété et confus.

 

En 1959 il y a eu un complot impérialiste contre la  jeune République de  Guinée, contre le régime du Président Sékou TOURE à partir du territoire sénégalais. Notre localité a été le lieu  de stockage des armes, de passage de contre –révolutionnaires guinéens et des mercenaires à la solde de l’impérialisme. Après l’échec du complot, des armes ont été saisies par les autorités centrales, à l’époque où Mamadou DIA était Président du Conseil de Gouvernement, du Sénégal. C’était sous la loi-cadre. Les armes saisies ont été stockées dans un bâtiment situé sur la route de Samékouta, là où se situe à peu prés l’actuel bâtiment SONADIS.

 

Farintokhoma et moi, avions pensé nous emparer de ces armes pour les cacher quelque part Nous avions arrêté la date et le lieu où ces armes devaient être stockées, les itinéraires que nous devions suivre, les camouflages que nous devions utiliser.

 

A notre grande surprise, à la veille de l’exécution de notre projet, des avions sont venus de Dakar et ont embarqué tout le stock d’armement de ce magasin. Plus tard, nous saurons l’explication : c’est que nous avons été trahis par un de nos militants, Boukary DANSOKHO, qui a vendu la mèche.

 

Ce Boukary DANSOKHO était chômeur, habitait chez son cousin Mamoudou CISSOKHO, alors une des personnalités P.S à l’époque. Il nous avait trahis à la suite d’une proposition que lui avaient fait les responsables P.S. locaux. de le faire réussir au concours des infirmiers. Ainsi promis, ainsi tenu : il avait passé haut la main le concours en se classant même 1er du Sénégal… Une fois à l’école, les insuffisances intellectuelles ou scolaires du sieur Boukary s’étaient révélées. Il avait été question de le renvoyer. Mais, avec la politique politicienne, le népotisme et le favoritisme qui prévalaient au niveau du parti unique au pouvoir on l’avait gardé à l’école. Après deux redoublements successifs, on a fini par lui donner le diplôme d’infirmier et sera affecté à Saint-Louis pour quelques années, puis à Kédougou où il mourut en 1993.

 

Un autre militant de première heure à Kédougou fut Sory DIALLO, un ancien combattant. On se réunissait chez lui dans le quartier Dandé Mayo et on y gardait même nos documents. Des informations nous avaient appris que le Préfet s’était lié d'amitié avec lui et que des plans étaient montés pour nous y  prendre lors de l’une de nos réunions. Après vérification, ces informations s’avérèrent exactes. Alors nous rompîmes avec Sory DIALLO et nous n’avons plus été chez lui ni de jour ni de nuit. Ainsi donc il est resté avec quelques-uns de nos documents, notamment des cartes de membre et des photos de Majmout DIOP, alors Premier Secrétaire du parti et peut être d’autres archives du parti comme le reste de tracts et de journaux que nous publions à l’époque. Après le retour aux activités publiques suite à l’institution du pluralisme, je l’ai rencontré et échangé quelques civilités avec lui sans jamais aller plus loin. Aussi, faut-il signaler que ce Sory DIALLO aura été par la suite le garde corps de Mamba GUIRASSY dans la lutte de clan contre Mady CISSOKHO. Voilà  comment ce camarade a terminé  avec nous.

 

Nous pouvons citer, en plus, Dioncounda CISSOKHO, un maçon de même âge que moi. Nous nous fréquentions. A la suite de la répression de 1965 et de l’absence de l’essentiel  des camarades de Kédougou, abandonné à lui même, il a été récupéré par le PS. Devenu une personnalité municipale PS, il est devenu l’un des gestionnaires des marchés. Il se trouve encore à Kédougou. Il ne se sent pas à l’aise en notre compagnie.

 

Oumar Aba DIALLO a été l’un des premiers militants du P.A.I. Nous tenions des réunions dans sa chambre. Mais j’ai constaté qu’il n’intervenait jamais dans les débats. Il était apparemment agréable, affable, mais au cours des réunions, il n’intervenait nullement.

 

A l’époque, Mady CISSOKHO était au pouvoir, Ministre, Député-maire de Kédougou. Alors un jour j’ai eu des informations selon lesquelles il a rapporté dans les détails et de manière précise à Mady CISSOKHO, une de nos réunions. Alors mon informateur m’a mis en garde contre lui. En jetant un regard rétrospectif sur nos activités antérieures, je me suis rappelé certains phénomènes que je ne m’expliquais pas jusqu’alors. En effet, j’avais remarqué que quand nous étions en tournée politique dans le département, on le rencontrait toujours quelque part. Alors je me suis dit, il faut donner une importance à cette information d’autant que les propos qui me sont rapportés correspondaient bien à ceux que nous avions tenus lors de notre réunion. Dès lors nous avons coupé avec ce Oumar Aba DIALLO. Par la suite il devint une grande personnalité de la commune évidemment dans le sillage de l’UPS- PS. Il décédera le 18 juillet 1994 à 10 heures à Kédougou, alors que nous étions en tournée politique dans le Département.

 

Ibrahima LO était, jeune infirmier d’Etat affecté au dispensaire de Kédougou de décembre 1961 en septembre 1963. Il a milité avec nous au PAI. Il a surtout été la pièce maîtresse de la réalisation de la politique unitaire du parti en milieu jeune, dans la commune : cinq associations de jeunesse puis six ont fusionné pour donner l'union de la jeunesse de Kédougou (U.J.K.) dont il a été le principal animateur durant son séjour. Il a été le premier à initier dans le cadre de l'U.J.K. l’organisation de kermesses dans la commune de Kédougou. La première organisation en 1962 a rapporté 43 000F CFA de bénéfice, la seconde en avril 1963 a donné 63.000F de bénéfices. Sur injonction des milieux politiques USP-PS, il sera affecté à Matam en septembre 1963. Il continuera le combat en ce lieu aux côtés des camarades sous la direction de Saïdou NDONGO, notamment lors de la campagne électorale de 1963.

 

Nous nous retrouverons dans les structures clandestines du parti à Dakar dans la période héroïque jusqu’en 1973, où il était chef de division de la formation au Ministère de la santé, section des écoles. Par la suite le camarade changera complètement de corps et fut chef de service de la Gestion Centrale des carrières et agents de la SENELEC  et en même temps professeur vacataire au Centre Africain d’Etudes Supérieures de Gestion de Dakar.

 

C’est le lieu de signaler le séjour dans la région de Tambacounda du camarade Moctar Fofana NIANG agent technique de la coopération de 1961 à 1963. S’agissant de la politique unitaire de la jeunesse à Kédougou, c’est lui qui avait tenu une conférence publique sur des questions concrètes de la localité.  Au cours de celle-ci, l’UPS-PS envoya, sur l’instigation de Mamba GUIRASSY, son responsable régional de la jeunesse, en la personne du Député Sara WALY de Tambacounda pour porter la contradiction au conférencier. Monsieur Matar Fofana NIANG,  maîtrisant bien son sujet, émerveilla l’assistance, et convainquit les jeunes des cinq associations à se dissoudre dans une seule  et même entité que fut le COBA CLUB.

 

C’est le même qui en 1962 recruta le camarade Bara Hann et contribua a développer les sections de Tambacounda et Kédougou où notamment il placera au niveau de différentes coopératives plusieurs jeunes camarades chômeurs aux fonctions de peseurs ou teneurs de livres. Parmi ceux-là le camarade Mady Danfakha qui deviendra plus tard membre du Secrétariat du PIT au niveau national. Le lendemain de la conférence, comme j’étais en vacances, j’ai invité les camarades autour d’un bon «thieb» arrosé de viande de mouton chez celle qui fut ma première  épouse (Penda KOUATE).

 

El Hadji DIABY est aujourd’hui membre du Comité Central du PIT et continue toujours d’exercer son activité de Dioula à Kédougou et dans la Communauté Rurale de Madina-Bafé. Un camarade fidèle et courageux.

 

Dans l’affaire qui m’avait conduit en prison en 1959, un certain Dioulaba GNAKHASSO, alors employé comme interprète en langue dialonké à la résidence (aujourd’hui devenu préfecture) s’était avéré à nos yeux comme un agent de renseignement de la police politique. Il avait organisé ma filature et la surveillance de ma maison et par là participa de manière active à mon arrestation.

Pour cette raison, le camarade El Hadji DIABY et moi avons décidé de lui régler son compte, pour donner une leçon à ceux qui le suivraient dans cette voie que nous jugions indigne d’un homme de bon sens. A cet effet, nous avons pris des dispositions, malheureusement, sachant  que nous étions informés de ses activités contre nous il a disparu dans la nature pour un bon moment, si bien que nous n’avons pas pu mettre à exécution notre projet.

 

Hamat DIALLO était dioula, un camarade, un ami, discret et efficace. Ensemble, nous avons parcouru le Bandemba où il avait beaucoup de connaissances suite à ses activités de dioula. Ainsi, nous avions séjourné dans les villages suivants : Landiéni, Boundoucondi, Thiabédji, Landé-Baïtyl, Ethiesse, Thiokithian. Dans ces villages, nous avions fait connaître le PAI, gagné des adhésions.

 

A la faveur de notre longue absence consécutive à la répression exercée sur le parti, la plupart d’entre eux ont été récupérés par L’U.P.S.- PS de SENGHOR et sont aujourd’hui de grands responsables de ce parti. J’en ai rencontrés ces dernières années à Kédougou et dans les villages lors de nos tournées politiques dans les campagnes.

 

Par suite de déception amoureuse dans la commune de Kédougou, le camarade Hamath  DIALLO a émigré pour d’autres contrées du Sénégal comme Bani-Israel dans le Boundou puis à Koussanar dans le vouli. Jusque là, nous entretenions des relations. Depuis les années 70, il se trouverait à Abidjan en Côte d'Ivoire et depuis lors nous n’avons plus eu de contacts.

 

Saïbo BOUAGUI, ancien militaire très brave, devenu policier à la suite des démarches de l’ancien ministre Mady CISSOKHO alors au faîte de sa puissance. Dés lors, le camarade rompra avec nous.

 

Thierno BA, maçon de son état. Recruté à la Mairie comme gardien par le même Mady COSSOKHO, alors Député Maire de la commune, après plusieurs tractations, il finira par s’éloigner de nous mais tout en ayant le ventre à l UPS le cœur était resté au PAI.

 

Les deux derniers cas de camarades montrent par quelques méthodes le parti au pouvoir, en l’occurrence l'U.P.S-PS débauchera des militants de l’opposition.

 



30/08/2017
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